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Profitons des soldes pour nous mettre au made in France !


Les soldes d’été 2016 ont lieu du 22 Juin au 2 Août cette année. Comme l’an dernier, les français devraient y consacrer en moyenne un budget de 245 euro chacun.

Ces dernières années, les soldes ont pris une ampleur telle qu’ils sont devenus un business à part entière pour les entreprises, s’avérant très lucratif. Dans le prêt-à-porter, les ventes réalisées sur les produits soldés représentent désormais 45% du total des ventes réalisées en moyenne, contre 34% « seulement » en 2011. L’augmentation récente est phénoménale (cf. p8). Pour les entreprises, il ne s’agit plus d’écouler les invendus d’une ancienne collection, mais bel et bien de profiter au maximum de cette aubaine commerciale.

Interrogeant un responsable des achats d’une grande marque de prêt-à-porter (cf. notre interview en page 7), la FIMIF a souhaité mettre en lumière les pratiques invraisemblables de ces marques qui surfent sur des marges exorbitantes, allant jusqu’à faire payer 13 fois le prix de production aux consommateurs (contre 2,5 à 4 fois en moyenne pour les marques Made in France), ou encore de celles qui procèdent à des surplus de commandes pour les soldes tout en détruisant des dizaines de milliers de produits invendus. Le consommateur « achète le vernis et l’histoire, pas ce qu’il y a derrière », témoigne cet acheteur.

Le gaspillage textile reste en effet méconnu, alors que les enjeux sont inédits. Les français achètent en moyenne 30 kg d’habits et de chaussures chaque année[1], et sont 60% à disposer de vêtements qu’ils n’ont jamais revêtus[2]. En moyenne, 30% des vêtements que nous achetons ne sont jamais portés[3], sans compter tous ceux que nous ne portons qu’une ou deux fois… Selon une étude réalisée en 2016 par GEMode (Groupe d’Etudes et de recherche sur la Mode) un vêtement H&M ne serait porté que 18 fois avant d’être jeté. Autrement dit, sa durée de vie ne dépasserait pas 6 à 12 mois. Plus globalement, selon l’ADEME, 80% des biens produits ne donneraient lieu qu’à un seul usage avant d’être détruits. Des chiffres qui donnent le vertige sur les excès d’un système de consommation de masse où chacun de nous est finalement perdant.

 

Soldes made in France

 

En outre, les objectifs de ventes en période de soldes ont pris de telles proportions que les pratiques malhonnêtes visant à tromper le consommateur seraient devenues monnaie courante. En 2013, la répression des fraudes a réalisé 11 000 contrôles relatifs à l’application de la législation des soldes. Pour  3 500 d’entre eux, soit près d’un contrôle sur trois, un comportement inapproprié voire frauduleux a été détecté[4] : publicité mensongère, prix de référence gonflé, commande « spéciale »… (cf. page 9).

Face à ce système, des marques françaises rivalisent d’ingéniosité et inventent de nouveaux modèles économiques. Certaines, telles que 1083, Storks, Juste ou encore Tuff’s ont décidé de sortir complètement des soldes (cf. pages 10-12) ; d’autres tels que Smuggler ou DKS optent pour une stratégie raisonnée des soldes, visant plutôt à toucher et fidéliser une clientèle « solde » qui profite d’un prix réduit pour acquérir un produit haut de gamme (cf. page 13).

S’il serait une erreur de blâmer ceux qui font les soldes faute de moyen, il nous semble néanmoins nécessaire de conscientiser encore et toujours sur les limites de la consommation de masse à faible qualité intrinsèque, sociale et environnementale. Pour la FIMIF, savoir, c’est choisir en toute conscience (cf. pages 14-15) !

A l’occasion de l’ouverture des soldes, la FIMIF organise une campagne de sensibilisation du public. Le RDV est pris pour le 22 juin de 9h30 à 14h à l’entrée des Galeries Lafayette de Paris Hausmann. A cette occasion, une dizaine de bénévoles de la FIMIF distribuera un tract aux passants (cf. pages 4-5) ; un véritable outil pédagogique spécialement conçu pour l’occasion. La FIMIF invite tous les parisiens à la rejoindre et lance également le hashtag #cfaitoù pour interpeller les marques peu scrupuleuses ou peu transparentes sur les réseaux sociaux. Ensemble, faisons bouger les lignes !


[1] Source : reportage de France 5 « Vêtements, n’en jetez plus »,

[2] Source : Planetoscope

[3] Source : Le Journal du Net

[4] Source : DGCCRF

 

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1. Le modèle économique des soldes

 

Nous l’appellerons David, il a souhaité rester anonyme. Il a été acheteur pour le compte d’une marque américaine de prêt-à-porter détenue par un groupe français figurant parmi les leaders mondiaux du luxe. Basé à Londres, son rôle était de gérer les achats pour le marché européen. Contacté par la FIMIF en Mai 2016 via un réseau social professionnel, il a accepté de nous exposer quelques pratiques qui seraient devenues monnaie courante dans le secteur du prêt-à-porter grand public.

FIMIF : Quelle étaient vos pratiques concernant les soldes ?

David : Prenons la collection Eté 2008, la première sur laquelle j’ai travaillé. 317 000 pièces ont été commandées (jeans, t-shirts, pulls) dont 47 000 spécifiquement… pour les soldes. Un surplus de 15% en moyenne était appliqué aux commandes calculées par les achats pour alimenter les soldes. Rien de choquant en soi. Sauf que, au terme des soldes et des diverses ventes « privées » organisées en fin de collection, pratiquement 60 000 pièces n’ont pas trouvé preneur. Un jour, j’ai demandé au responsable de notre plateforme logistique ce que nous faisions de tous ces invendus. Il m’a répondu qu’ils étaient incinérés.

Pourquoi ne pas les donner aux œuvres de charités, au employés ou au recyclage lui ai-je demandé ? Evidemment, nous n’avions pas le droit, à cause de l’image de marque.

60 000 pièces ont ainsi été détruites, juste sur cette collection. Cela a représenté 32 tonnes de marchandises. Soit, selon nos bordereaux d’expédition, 2 380 cartons, ou encore 16 containers entiers ! J’ai eu écho que pour une collection précédente, c’était 30% de la marchandise qui n’avait pas trouvé preneur, un score particulièrement mauvais du fait aussi d’une logistique et d’une organisation interne défaillante. De la production à la logistique, tout était “low cost”. Mais le client ne le savait pas. La vitrine était belle. Nos ambassadeurs et nos boutiques aussi.

FIMIF : Ces destructions de stock devaient coûter extrêmement cher à la marque ?

David : Pas vraiment. Au final, l’objectif de rentabilité reste le même et ces pertes sont anticipées lors de la fixation des prix de vente public. Autrement dit, c’est le client qui paie.

FIMIF : Où faisiez vous fabriquer ces produits ?

David : En Chine, en Inde, en Turquie et au Pérou principalement. Estampillés « New York », aucun produit n’était fabriqué aux USA. Un jeans pouvait être acheté 8€ et être revendu jusqu’à 110€ dans les grands magasins. Ce ratio x13 permettait de financer nos coûteuses campagnes de communication et la location de nos points de vente. Fabriquer une marque et vendre du rêve coûte très cher. Mais là encore, c’est évidemment le consommateur qui paie la note. Il achète le vernis et l’histoire, pas ce qu’il y a derrière. Nos usines et nos vendeurs étaient payés au lance-pierres.

Au terme de cet entretien, nous avons contacté la marque pour obtenir sa réaction. Elle n’a pas souhaité commenter le témoignage de David, mais ne l’a pas infirmé pour autant.

 

 

2. L’envers du décors

 

Ces dernières années, les soldes ont pris une ampleur telle qu’ils sont devenus un business à part entière pour les entreprises, s’avérant très lucratif. Dans le prêt-à-porter, les ventes réalisées sur les produits soldés représentent désormais 45,2% du total des ventes réalisées, contre 34% « seulement » en 2011. L’augmentation récente est phénoménale.

Pour les entreprises, il ne s’agit plus d’écouler les invendus d’une ancienne collection, mais bel et bien d’anticiper le surplus d’activité des périodes de soldes afin de profiter au maximum de cette aubaine commerciale. Si les marges sont généralement réduites pour les distributeurs et les marques, le surplus de volume engendré par le sentiment que nous avons de faire « une bonne affaire » permet de créer une demande qui n’aurait pas existé le cas échéant : des achats souvent qualifiés d’inutiles ou d’impulsifs.

Le gaspillage textile reste encore méconnu, alors que les enjeux sont inédits : les français achètent en moyenne 30kg d’habits et de chaussures chaque année, et sont 60% à disposer de vêtements qu’ils n’ont jamais revêtus. En moyenne, 30% des vêtements que nous achetons ne sont jamais portés, sans compter ceux que nous ne portons qu’une ou deux fois. Selon une étude réalisée en 2016 par GEMode (Groupe d’Etudes et de recherche sur la Mode) un vêtement H&M ne serait porté que 18 fois avant d’être jeté. Sa durée de vie ? 6 à 12 mois à peine. Une véritable stratégie d’obsolescence psychologique pour vendre toujours plus. Et parmi tout ce gâchis, seul ¼ est recyclé. Plus globalement, selon l’ADEME, 80% des biens produits ne donneraient lieu qu’à un seul usage avant d’être détruits.

Des chiffres qui donnent le vertige. Heureusement, de plus en plus de médias, d’observateurs, d’entrepreneurs ou de consommateurs contestent l’utilité réelle des soldes. Ils dénoncent notamment le fait qu’ils seraient devenus une simple incitation supplémentaire à la consommation de masse, sans avoir pour but réel d’être profitables aux consommateurs, ni de remédier aux problématiques des marques qui manquent de trésorerie entre deux collections.

Pire encore, des pratiques malhonnêtes visant à tromper le consommateur seraient monnaie courante. En 2013, la répression des fraudes a réalisé 11 000 contrôles relatifs à l’application de la législation des soldes. Pour  3 500 d’entre eux, soit près d’un contrôle sur trois, un comportement inapproprié ou frauduleux a été détecté.

Malheureusement, dans les faits, la DGCCRF ne fait que très peu de procès-verbaux, regrettait le 6 janvier 2016 sur Europe 1 Thomas Laurenceau, rédacteur en chef du magazine 60 Millions de Consommateurs. Pour Daniel Wertel, président de la fédération française du prêt-à-porter, le marché dans son ensemble reste « très perturbé par ces pratiques commerciales ». Selon lui, il  faudrait « sortir de cette logique selon laquelle les soldes seraient une grande fête. »
Face à l’envolée des pratiques commerciales abusives, des enquêtes ont été réalisées pour alerter l’opinion, et les consommateurs en premier lieu. La FIMIF vous propose ici un aperçu des tromperies les plus courantes qui ont été détectées à l’occasion de ces enquêtes.

 

Les tromperies les plus courantes

Gare à la fausse publicité. La fausse publicité consiste en l’annonce de remises très alléchantes alors qu’elles ne sont pas de cette teneur dans les faits. Les gros rabais annoncés sont souvent introuvables. Selon l’UFC-Que Choisir, un tiers des marques communiquent exclusivement sur leurs baisses de prix les plus élevées, parfois jusqu’à 85%. Or, sur 120 produits étudiés, la remise moyenne réelle n’est que de 15% en première démarque et de 19% en deuxième démarque.

L’UFC cite Pixmania : « s’agissant de son accroche ‘Jusqu’à     -80%’ pour le rayon ‘image et son’, nous n’avons repéré cette ristourne que sur un protecteur d’écran de téléphone vendu à 1€. Il fallait oser ! »

Gare au prix de référence. Le prix de référence est le prix sur lequel est calculée la remise. Légalement, le prix soldé est déterminé à partir du prix le plus bas effectivement pratiqué au cours des trente derniers jours précédant le début de la période des soldes. En pratique, le tarif de référence peut être biaisé, les prix pouvant être gonflés juste avant le début de la période des trente jours. Toujours selon l’UFC-Que Choisir, pour 1 produit sur 5, les prix ont significativement augmenté dans les deux jours précédents le début de la période des trente jours. Ce qui a permis aux distributeurs et aux marques d’afficher des rabais deux fois et demi plus élevés que la réalité. Pire, dans 8 % des cas, ces produits étaient même moins chers avant les soldes que pendant !

Gare aux produits introuvables qui apparaissent soudain. Légalement, les marchandises doivent avoir été proposées à la vente au moins un mois avant l’ouverture des soldes. Or, si l’ensemble des distributeurs respectent cette disposition à la lettre, force est de déplorer que certains en détournent l’esprit. L’étude UFC démontre que 13% des produits, introuvables chez les commerçants avant les soldes, ont été proposés à la vente au début de la période des trente jours, laissant à penser que ces produits ne constituaient pas le stock habituel des vendeurs. Pire encore, selon le magazine 60 Minutes Enquête, des productions spéciales sont parfois fabriquées spécifiquement pour les soldes. Il s’agirait de copies de produits ayant été proposés en boutique, mais de bien moindre qualité, moins chers donc, et vendus soldés au même prix que leurs grands frères afin de conserver une rentabilité égale en dépit de la remise affichée. Si cet écart flagrant de qualité a pu être démontré par les laboratoires ayant analysés les échantillons de produits incriminés, il est toutefois impossible pour les consommateurs de détecter la fraude en boutique.

Gare aux arrondis un peu trop arrondis. Parfois, les réductions affichées ne sont pas égales à celles annoncées sur l’étiquette. Prenons l’exemple d’une veste à 189 euros, soldée à 25 %. Son prix devrait logiquement être de 141,75 euros. Cependant, sur l’étiquette, certains commerçants n’hésitent pas à arrondir à 145, voire à 150 euros, ce qui n’est pas tout à fait la même chose…

A noter que si vous constatez une arnaque sur le prix (arrondis superflus ou prix de référence erroné), vous avez le droit de réclamer au vendeur de bénéficier de la remise telle qu’elle aurait dû être sans la tromperie. Si le vendeur le refuse, la DGCCRF vous invite à prendre en photo les étiquettes ou visuels frauduleux et à les lui transmettre. Une enquête pourra être commanditée.

 

→ Les dispositions légales

Des dates fixées par la loi : les commerçants n’ont pas le droit d’utiliser le mot « soldes » pour qualifier des opérations commerciales en dehors des périodes (été et hiver) fixées par le code du commerce. Cet été 2016, ils débutent mercredi 22 juin et finissent le mardi 2 août, y compris pour la vente à distance et Internet. Des dates différentes sont appliquées, sur dérogation, dans certaines régions.

En rayon depuis au moins un mois : les produits en soldes doivent être déjà en vente dans le magasin depuis au minimum un mois. Autrement-dit, le commerçant n’a pas le droit de solder un stock tout droit sorti de l’arrière boutique le jour J.

Stock non reconstitué : les commerçants ne peuvent pas se réapprovisionner pour les soldes. La vocation des soldes est en effet d’écouler les invendus pour libérer de la place pour la nouvelle collection.

Articles identifiés sans confusion possible : les produits soldés doivent être clairement mentionnés et se distinguer clairement d’éventuels articles non soldés. Le commerçant peut parfaitement proposer des articles non soldés pendant cette période.

Réductions clairement affichées : le prix de référence et le nouveau prix doivent être indiqués, ou, à défaut, au moins le pourcentage de réduction accordé.

Ventes à perte autorisées : les réductions peuvent être très importantes car, pendant cette période, les commerçants peuvent vendre à perte. Ce droit n’est accordé qu’à deux occasions : les soldes et les liquidations.

Echanges et remboursements en cas de défaut caché : les articles soldés bénéficient des mêmes garanties que les autres, ils doivent être remboursés ou échangés en cas de défaut de fabrication non apparent. En revanche, si votre achat ne vous convient plus ou n’est pas à la bonne taille, les commerçants ne sont pas obligés de le reprendre.

Délai de rétractation de 14 jours sur Internet : que l’article soit soldé ou non, si vous achetez en ligne, il est possible de le retourner au vendeur dans un délai de 14 jours à compter de la livraison, quel que soit le motif.

 

 

3. Quelles pratiques dans le Made in France ?

 

Depuis 2008, des promotions et « opérations de déstockage » sont possibles tout au long de l’année. Toutefois, à la différence des soldes, la revente à perte est interdite. De quoi y perdre son latin…

Situé rue du Maréchal Foch à Versailles, le gérant de la boutique franchisée Armor-Lux nous confiait en début d’année 2016 ses difficultés à faire face aux politiques commerciales agressives de ses voisins. Alors que ses marges ne pouvaient lui permettre d’offrir à ses clients des remises tout au long de l’année, il déplorait le fait que les vitrines des autres marques de mode du quartier arboraient chaque jour de l’année des annonces de “prix cassés”, “déstockage”, “remise exceptionnelle”, “tout doit disparaître” , “le deuxième à 1€”… Comment survivre face à une telle concurrence ? Comment survivre lorsqu’on propose le prix juste tout au long de l’année ? La FIMIF est retournée le voir dans le cadre des préparatifs de ce dossier. Sa boutique a été liquidée.

 

A Paris, le gérant d’une boutique de mode « éthique » nous confiait qu’il a calculé que dans sa rue, en 2015, il n’y a eu que 3 semaines pendant lesquelles aucune boutique n’a affiché d’offres “exceptionnelles”.

Ce qui était une stratégie d’écoulement d’invendus entre deux collections est devenu une stratégie commerciale permanente. Le prix “non soldé” intègre aujourd’hui le fait que les produits ne sont en fait jamais vendus au prix “normal”, puisque ce prix “normal” ne l’est en fait pas. Il est gonflé en prévision des remises diverses qui lui seront appliquées tout au long de sa vie. Un jeu de dupes.

 

Toutefois, certaines marques ont décidé de sortir de cette spirale. A l’occasion du salon MIF Expo de novembre 2015, la FIMIF a organisé une conférence entre professionnels du Made in France autour de la thématique des marges pratiquées par les acteurs de la chaîne de distribution. Un des intervenants, 1083, est parvenu à construire un modèle économique pérenne, déconnecté des soldes, où le fabricant, la marque et les distributeurs arrivent à un équilibre permettant à chacun de vivre décemment. Et le client s’y retrouve aussi avec un jeans 100% Made in France vendu à 89€ TTC, toute l’année, partout.

Hugo Delavelle : Un problème récurrent dans la vente de produits Made in France est la marge exorbitante prélevée par les distributeurs. Quelles devraient être les marges pratiquées par les marques et les distributeurs pour que chacun puisse vivre décemment ?

1083 : Avec un prix de revient à 30€ et un prix de vente TTC à 89€, quel deal proposer aux commerçants ? Un commerçant dans le textile fait 50% de marge en début de saison. Mais en fait, sur les 6 mois d’une saison, il ne fait 50% de marge que sur les 4 premiers mois. Ensuite il y a les soldes et sur les deux mois qu’il reste, il ne fait plus que 20% de marge. Au final, sa marge réelle sur les 6 mois de la saison n’est que de 40%. Nous proposons donc aux commerçants d’appliquer une marge de 40%, dès le départ, et de sortir des soldes. Notre produit a ainsi un prix juste toute l’année. Nous partons du principe que ce n’est pas logique pour un produit intemporel comme un jeans qu’un client qui l’achète le 20 Juin le paie 30% plus cher que celui qui l’achète le 30 juin. Avec notre système, on parvient à désaisonnaliser l’activité du commerçant, et c’est très sain car qu’est ce qu’il se passe avec les soldes : le moment où on a le plus d’activité, c’est celui où on a le moins de marge, ce n’est pas logique. Sortir des soldes permet de gagner décemment notre vie en tant que commerçant. Ce modèle économique là a pour frein le fait que le commerçant peut se retrouver avec du stock qui « colle », des produits qu’il n’arrive pas à vendre. Ce que nous lui proposons alors est de récupérer ce stock et de le rembourser ou de lui faire un avoir. Cela ne nous pénalise pas puisque comme nous vendons en direct, ce stock repris sera vendu d’une manière ou d’une autre, sur notre e-boutique ou via nos autres canaux de distribution. Finalement, en travaillant sur des marges raisonnables qui respectent totalement le modèle économique du commerçant et en travaillant sur des services de proximité entre le commerçant et nous, on arrive à avoir un modèle économique viable avec un prix de revient à 30€ HT, un prix de revente au magasin à 45€ HT et un prix de revente en boutique à 89€ TTC. Chacun gagne ainsi sa vie décemment, du fabricant à la marque jusqu’au détaillant.

FIMIF : Comment la clientèle réagit-elle face à une boutique qui ne fait plus de soldes ?

1083 : Je ne critique pas les soldes. Leur principe est légitime sur des produits saisonniers. Moi-même je solde les bottes invendues de ma boutique Modetic en fin d’hiver pour dégager de la trésorerie et acheter mes sandales de la collection été. Mais un jeans 1083, ce n’est pas saisonnier. Il faut arrêter de prendre les consommateurs pour des idiots en faisant des soldes à -30% ou -50% et sur lesquels on ne sera de toute façon jamais gagnant puisqu’il y a aura toujours moins cher ailleurs. Par contre, si on crée un rapport de confiance avec le consommateur en étant clairs sur nos marges et notre philosophie, le consommateur comprend bien qu’on a besoin d’un salaire pour vivre et que ce n’est pas malsain d’avoir une marge. On éveille nos clients à ces problématiques-là et on essaie de les sortir du système qui nous tue tous : celui des prix « cassés » et des soldes. Ce travail nous prendra un temps fou, mais on fait notre part et les retours que nous avons de nos distributeurs, chez qui nos jeans figurent parmi les meilleures ventes, montrent que ce modèle économique est viable et accepté par beaucoup.

Lille de France : Quant à moi, j’ai ouvert ma boutique à Lille en Septembre 2015, pendant la braderie de Lille. Une marque de vêtements que je distribue m’a proposé de casser le prix de ses marinières pour cette occasion. J’ai refusé car les marges qu’elle me proposait ne m’auraient plus permis de couvrir mes frais. De plus, nous sommes sur des produits français. Si le client veut des produits à prix cassés, il a l’embarras du choix ailleurs. Je n’ai donc pas soldé ces marinières et elles sont pourtant toutes parties au prix où je les vends encore aujourd’hui. Au prix juste. Mes clients comprennent. On paie un réel rapport qualité prix, qui ne se brade pas. [/ Fin de l’extrait de la conférence]

En questionnant les pratiques des marques Made in France, deux stratégies semblent dominer. La première est celle précédemment évoquée par 1083. Ainsi, la marque Storks affiche ostensiblement sa philosophie : « les soldes chez Storks, c’est -0% ». En précisant : « nous ne sommes ni barrés, ni bradés, ni soldés… Vous pouvez commander aujourd’hui, demain, le 7 mars ou le 31 décembre… Chez Storks, nous fabriquons en France et vendons au prix juste tout l’année ! »

Contacté par la FIMIF, Emmanuel Sieger, le fondateur de la marque, précise : « vendre des articles de second choix, des tests prototypes, des modèles d’exposition, pourquoi pas. Mais faire des productions spécifiques de qualités douteuses, stockées et vendues juste pour la période des soldes, c’est prendre les consommateurs pour des pigeons. Les marges du textile « made in à l’autre bout du monde » sont indécentes. Nous préférons vendre au juste prix toute l’année. De plus, pourquoi des collections alors que nous proposons des intemporels ? Il faut juste savoir faire vivre la gamme au gré des rencontres. Chaque article a sa propre histoire. Nos clients choisissent eux-mêmes les nouveautés et dictent la vie de notre marque. Nos clients savent maintenant, au bout de 5 ans, que nous sommes une marque réellement atypique. Les ventes sont très linéaires et explosent seulement lors de l’arrivée des nouveautés. Ils nous suivent, nous attendent et sont donc très réactifs. La période des soldes n’est ni meilleure, ni plus mauvaise que le reste de l’année. C’est bon de constater que nous ne subissons pas la guerre des prix affichés en fluo dans les boutiques ! »

Chez TUFF’S, fabricant de jeans à Florac en Lozère depuis 1892, on ne pratique pas de soldes non plus. La philosophie de l’Atelier Tuffery, nous explique Julien Tuffery, arrière-petit-fils du fondateur, est que « les soldes sont la résultante d’un mode de consommation que nous ne cautionnons pas et qui est incompatible avec les valeurs de notre atelier de confection. Historiquement, les soldes ont été faits pour « vider » les stocks avant de les re-remplir pour la saison qui suit. Le parfait exemple de ce que nous dénonçons est la « fast-fashion » qui réalise une production supérieure au besoin. Etant un fabricant français qui produit toute l’année, il est possible de faire coller la production aux besoins réels et ainsi de ne pas gaspiller du temps, de la matière, de l’énergie et du transport pour fabriquer puis stocker de grandes quantités de produits potentiellement non vendues… En contre partie, charge à nous d’organiser au plus juste notre production du quotidien pour nous ajuster aux flux immédiats ou de très court terme ». Une philosophie qui marche depuis plus de 120 ans.

Du coté de la marque JUSTE, La Révolution Textile, les soldes ne font partie des pratiques non plus. Pour Myriam Underwood, fondatrice de la marque, pratiquer des soldes impliquerait que la « baisse de revenu liée aux soldes entre dans le calcul de fixation du prix client, ce qui n’est pas très JUSTE envers lui ». « Je serai obligée de gonfler un peu le prix en début de saison afin que mon prix de soldes ne descende pas au-dessous d’une marge minimum me permettant de payer mes charges. Je trouve cela perturbant pour le client de pouvoir acheter le même produit à 100€ puis à 50€ puis à 20€. Quel est le prix véritable du produit ? C’est un cercle vicieux. On ne connait plus la valeur des choses qu’on achète. Ce système ne profite à personne […].

« Je rêve de revenir à l’ancien modèle économique dans lequel on pouvait se transmettre les choses d’une génération à une autre et surtout, on pouvait tout réparer ou faire réparer ! Aujourd’hui, on trouve ça normal de jeter tout ce qui est un peu endommagé. Pourquoi ? Car les liens entre fabricant/vendeur et clients se sont complètement distendus. Il y a des milliers de kilomètres qui nous séparent des usines de fabrication dans le système de production textile d’aujourd’hui. Comment imaginer qu’une réparation soit possible ? »

Cette philosophie nuit-elle à ses ventes pendant les périodes de soldes ? A en croire Myriam, absolument pas : « il y a des périodes creuses et des périodes plus pleines mais celles-ci sont plus liées à la météo et aux vacances qu’aux soldes. Je communique clairement sur le fait que je ne fais pas de soldes donc mes clients savent que, si elles veulent un modèle à leur taille, elles n’ont pas besoin d’attendre. C’est rassurant pour elles de savoir que le prix est fixe et de savoir quelle est la marge que je pratique. Cela permet de donner une valeur aux choses et de savoir où va son argent ».

Autre motif invoqué par les marques, celle de l’image. Pour Richard Préau de La Chemise Française, « la pratique des soldes dégrade l’image de la marque ». « Même si les soldes peuvent être parfois utile pour liquider du stock, mieux vaut travailler à une meilleure gestion de son stock. De plus, mon chiffre d’affaire de janvier et juillet est parmi les meilleurs de l’année ! La preuve que nos clients n’achètent pas forcément en soldes. »

Face à ces stratégies de « non soldes », d’autres marques font le choix au contraire de jouer le jeu des soldes, mais de manière raisonnée. Pour les costumes Smuggler, les soldes restent un passage obligé et permettent d’atteindre une clientèle friande de costumes Made in France qui n’aurait pas pu en profiter en temps normal. Un adhérent FIMIF témoigne d’ailleurs en ce sens : « je me suis offert un costume Smuggler en bénéficiant d’une remise de 250€ en période de solde. Je n’aurai pas pu m’acheter ce costume à son prix non soldé ». Une stratégie que nous retrouvons également chez DKS, fabricant à Paris de blousons et manteaux en cuir, qui parle « d’attirer et de fidéliser une clientèle ‘solde’ ».

Du coté des chaussettes Achile,  50% de remise sont pratiquées en période de solde. L’objectif ici est de « vider les stocks » avant la nouvelle collection. « Les invendus partent ensuite chez les soldeurs » et « une partie est donnée à des œuvres caritatives ». Pour Men By Men, fabricant de prêt-à-porter pour homme à Paris et à Troyes, les soldes se font à 30% sur une sélection de produits qui constituent « des produits d’appel » pour découvrir le reste de la collection. Les soldes permettent aussi «  un déstockage des produits qui ne sont plus en vente. »

 

4. Les bonnes pratiques du consomm’acteur

 

Selon notre enquête d’avril 2016 au sujet des comportements d’achat des consommateurs de produits Made in France, si 75% des français participent systématiquement aux soldes, ils ne sont que 35% à le faire régulièrement (réponses « souvent » ou « toujours ») chez les consomm’acteurs de produits Made in France.

De plus, lorsque nous avons interrogé le rapport que ces consomm’acteurs entretiennent avec les soldes, beaucoup évoquent le fait qu’un produit Made in France peut être moins soldé qu’un produit importé, considérant son coût de production initial et les marges pratiquées par les marques pour rester compétitives.

Pendant les soldes, la FIMIF vous conseille de :

  • Acheter auprès de marques privilégiant et proposant des produits intemporels (dans le textile par exemple) ou proposant des produits dont la garantie offerte à l’achat dépasse 5 ans (dans l’électroménager par exemple). Vous pourrez raisonnablement penser que la stratégie de la marque n’est donc pas d’inciter ses clients à renouveler leurs achats trop souvent.
  • Profiter des soldes pour acheter des produits Made in France que vous ne pourriez raisonnablement pas vous permettre d’acheter sinon (un costume ou une paire de chaussures en cuir par exemple).
  • Eviter le jeu des soldes pour les produits courants dont le prix n’est pas excessif (un t-shirt à 25€ par exemple). Privilégiez les marques qui proposent le prix « juste » toute l’année.
  • Privilégier également les vendeurs indépendants aux grandes chaînes. Une boutique indépendante de centre-ville génère en moyenne 5 fois plus d’emplois qu’une boutique faisant partie d’une grande chaîne de distribution. Achetez ainsi vos collants DIM plutôt chez votre revendeur de quartier que dans un hypermarché.
  • Ne vous faites pas piéger. Une étiquette de produit soldé doit comporter trois informations : le prix non soldé, le prix soldé et le taux de remise. Si ces trois éléments ne sont pas réunis, c’est que l’étiquette est non conforme. Pour ne pas vous faire avoir, restez loin des bacs et des portants de produits « en solde » ou « tout à xx euros » qui ne disposent d’aucune étiquette ou code barre.
  • Enfin, il existe des pratiques alternatives qui, en plus d’être bénéfiques à l’économie locale et à l’environnement, le sont aussi pour votre portefeuille : acheter ou vendre dans des vide-greniers, échanger ses vêtements (pour les enfants notamment), partager des objets utilitaires… Selon notre enquête d’avril 2016, un consomm’acteur achète en moyenne 25% de produits d’occasion. Sachant que les français consacrent en moyenne 8% de leur budget (hors loyer) à l’achat de produits d’occasion (source : INSEE et Sofinscope, 2013), les consomm’acteurs achètent trois fois plus de produits d’occasion que le reste de la population française. En interrogeant les plus grands amateurs de produits d’occasion, ces pratiques s’expliquent par la nécessité de concilier achat « Made in France » et pouvoir d’achat, et par le fait que les consomm’acteurs sont aussi sensibles aux facteurs écologiques et environnementaux. L’achat d’occasion semble leur permettre de concilier ces différents enjeux.

Pour vous aiguiller dans vos recherches, vous pouvez vous référer à notre carte de France des boutiques physiques et notre listing des annuaires, blogs et revendeurs web fiables sur  www.fimif.fr/wp/carte-des-boutiques-made-in-france-et-ressourcesboutiques-en-ligne/.

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